Tintin au Congo : la deuxième aventure de Tintin

Tintin au Congo, située entre Tintin au pays des Soviets et Tintin en Amérique est la deuxième aventure de Tintin. 
Elle a commencé à paraître, sous forme de feuilleton en prépublication, le 5 juin 1930 dans le Petit Vingtième et s'est terminée le 18 juin 1931. Son titre tout au début était : Les aventures de Tintin, reporter au Congo.

L'album noir & blanc est sorti en 1931 et c'est en 1946 seulement que paraît la première édition couleurs, soit 15 ans après l'album en noir & blanc, sous son titre définitif Tintin au Congo.


UN SUJET IMPOSÉ

A la fin des Soviets, après l'affrontement avec les bolcheviques, Hergé rêvait d'envoyer son héros en Amérique, défendre le droit des indiens et lutter contre les gangs de Chicago. 
Mais ce n'était pas l'avis de son directeur, L'Abbé Wallez, qui souhaitait que Tintin se rende au Congo, cette colonie belge où, disait-il, Il importait tellement de créer des vocations.

Le vaste territoire du Congo belge (anciennement Zaïre et actuelle République Démocratique du Congo) représentait pour la Belgique, à l'époque, à la fois une charge et un Eldorado. 
80 fois plus vaste que le pays qui le colonisait, ce gigantesque territoire, qui disposait de fabuleuses richesses dans son sous-sol, était confronté à une pénurie de main d'œuvre pour les extraire. 
Tintin devait donc jouer le rôle d'un agent publicitaire capable de susciter l'intérêt des jeunes lecteurs du Petit Vingtième pour ce pays et aussi représenter l'occident clairvoyant et pacificateur face à l'obscurantisme.
A la lecture de l'aventure, on constate que Hergé n'a pas été très inspiré par le Congo. 
Le récit est d'ailleurs assez simpliste. C'est essentiellement une suite de sketchs, entrecoupés de pages de propagande coloniale.

La constante en est la permanente confrontation entre Tintin, Milou et les animaux sauvages. 
Cet aspect y occupe une place prépondérante (successivement un perroquet, un poisson-torpille, un requin, des moustiques, des crocodiles, des antilopes, des singes, un lion, un boa, un léopard, un éléphant, un hippopotame, à nouveau un léopard, des girafes, un rhinocéros, et pour finir un troupeau de buffles !)
Dans Le Congo, Tintin n'est pas un chasseur, mais un massacreur de la faune ! Hergé qui avait de la tendresse pour les animaux déplorera plus tard ce déploiement de violence. Ainsi il avouait à Numa Sadoul dans le livre Tintin et moi, Entretiens avec Hergé : 
"…Oui, j'aime beaucoup les animaux et justement, j'ai du remords d'en avoir fait tuer ou souffrir un trop grand nombre dans Tintin au Congo. Comment ai-je pu me montrer d'une cruauté aussi effroyable ? Je n'ai pas fini de le regretter, comme autant de mauvaises actions que j'aurais réellement commises…!"

UN ALBUM QUI CONNUT POURTANT UN GRAND SUCCÈS !

Tintin au Congo, tout comme Les Soviets, a pourtant connu un succès immédiat lors de sa parution. 
Cette fois encore, à son retour à Bruxelles, une foule enthousiaste de milliers de petits vingtièmistes accueillit le héros-reporter, incarné à l'occasion par un garçon en culottes courtes, coiffé de l'incontournable casque colonial et accompagné d'un fox-terrier. 
Quick et Flupke, eux aussi étaient physiquement présents et plusieurs Noirs avaient été embauchés comme figurants congolais pour porter Tintin à travers les rues au milieu d'un cortège Colonial. 
Pour cette occasion, l'opération avait été préparée à l'avance (l'album était tout juste sorti d'imprimerie et prêt à être vendu sur place) et avait été sponsorisé par le grand magasin bruxellois : Le Bon Marché.

UNE AVENTURE REDESSINÉE EN 1940/1941

Le trait de Hergé, quand il dessine Tintin au Congo en 1930/1931 dans les pages du Petit Vingtième est encore malhabile et le dessin un peu grossier. 
Aussi, quand le quotidien flamand Het Laatste Nieuws, lui propose de publier en octobre 1940 les aventures de Tintin au Congo, Hergé va en profiter pour refaire tous les dessins. 
Mais au fur et à mesure de la parution, les planches revisitées s'écartent de la version d'origine. Tintin retrouve vite les traits du Tintin de 1940, celui qui parait dans Le Soir dans Le crabe aux pinces d'or.


UNE MISE EN COULEURS EN 1946 !

C'est en 1946, que Hergé redessina complètement l'album, secondé par E.P. Jacobs (le créateur de Blake et Mortimer). Il réduisit les 110 planches noir & blanc à 62 pages couleurs sans pour autant altérer le récit. 
Le travail réalisé est remarquable : Hergé resserre les séquences, simplifie les dialogues (parfois un peu ampoulés), enrichit sa documentation en se rendant dans les salles du Musée Royal de l'Afrique Centrale et retire à Tintin sa nationalité belge pour en faire un héros universel ! 
A cette occasion de nombreux changements furent effectués. Les détails les plus colonialistes furent remplacés par des éléments plus anodins, les dialogues furent simplifiés et rendus plus vifs et les décors complétés et enrichis.

UN ALBUM PRESQUE DISPARU PENDANT 15 ANS

Malgré cette sérieuse Toilette l'aventure connut, de la fin des années 50 et au début des années 1970, une période de discrétion. Tintin au Congo était presque devenu un album quelque peu maudit dont on parlait avec gène.
Il fut en effet fort difficile de se le procurer à cette époque. Et pour cause : la décolonisation battait son plein ! Le Congo Belge était en train de devenir l'ex Congo Belge, le Zaïre et le Katanga naissaient dans les massacres, la répression et les luttes tribales. 
La Belgique avait mal à son empire colonial. Hergé et Casterman le comprirent ainsi et c'est pour cette raison que l'album fut presque introuvable pendant 15 ans.


ET UNE POLÉMIQUE (STUPIDE SELON MOI) QUI CONTINUE
Le 11 juillet 2007, la Commission britannique pour l'égalité raciale, juge Tintin au Congo raciste et demande son retrait des librairies
Dans beaucoup de magasins en Angleterre, Australie et Nouvelle-Zélande, l'album quitte le rayon pour enfants et rejoint celui des adultes.
La bibliothèque publique de Brooklyn à New York le retire aussi de ses rayons.
Des plaintes ont été également déposées en Suède et en France, mais heureusement sans résultat. 
En France, la justice a tranché et estime que Tintin au Congo n'était pas animé d'une intention discriminatoire, étant donné le contexte propre à l'époque. La défense a également fait valoir que la loi contre le racisme n'existait pas à l'époque où Hergé écrivait l'album.
Tintin au Congo est le deuxième album le plus vendu de toute l'œuvre d'Hergé, avec plus de dix millions d'exemplaires vendus, derrière Tintin en Amérique.
L'album est également le plus populaire de la série auprès des enfants, ET LE PLUS CÉLÈBRE EN AFRIQUE, en particulier dans les régions francophones.



Avec l'aimable autorisation de Jean-Luc Rémy